Mythologie de l'adolescence?!
Gus Van Sant poursuit, avec ELEPHANT, son travail dans la voie d’un cinéma radical et très personnel, entamé avec GERRY. Le réalisateur de MY OWN PRIVATE IDAHO et PRÊTE À TOUT, qui s’était un peu perdu dans des projets calibrés pour les studios (PSYCHO, A LA RECHERCHE DE FORRESTER) délivre cette fois-ci un film coup de poing intransigeant. Inspiré du même et tragique fait-divers que BOWLING FOR COLUMBINE, ce film tourné quasiment sans scénario et avec de vrais lycéens fait preuve d’une rare cohérence entre sa forme et son fond, son propos et sa mise en scène. Gus Van Sant suit en de longs travellings silencieux plusieurs victimes de la tragédie qui se noue inéluctablement, ainsi que ses deux auteurs. Le tout sans jamais proposer d’explication psychologique. Le réalisateur n’a pas la prétention d’offrir les clés du problème de la violence à l’école, il pose simplement les faits de manière froide et quasi-clinique. Ses prises de vue contemplatives du ciel et de la terre, et les propos tenus froidement par les deux lycéens responsables du massacre (« On va faire un carton »), participent au sentiment intense de malaise qui étreint le spectateur à mesure qu’il avance dans cette terrible histoire. ELEPHANT est un long métrage exigeant et fascinant dont le récit, qui va crescendo, et son épilogue, font froid dans le dos.